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  • L’Arche des Ombres – Robin Hobb

    L’Arche des Ombres, aux éditions Pygmalion

    Introduction

    Retour à la case Fantasy. Cette fois-ci, j’avais besoin d’inspiration pour une de mes campagnes de jeux de rôles, ambiance « Pirates des Caraïbes ». Ne connaissant Robin Hobb que de nom, j’ai pioché ce roman par curiosité.

    Si je n’ai pas eu de coup de cœur absolu pour ce livre, je l’ai beaucoup apprécié et il m’a amené à réfléchir sur beaucoup de sujets différents. L’ambiance n’est pas si proche de la licence de Disney, mais plutôt un étrange mélange de roman de marine à la « Master & Commander » et d’intrigue de cour se rapprochant un peu du style « A Song of Ice and Fire ».

    Le Synopsis est compliqué à réaliser sans résumer une bonne partie de l’histoire ; il va donc forcément déborder sur la partie Univers.


    Synopsis

    Il y a plusieurs siècles avant notre histoire, la contrée côtière et ploutocratique de Jamailla a expulsé des familles entières d’indésirables, sous prétexte de coloniser les biens nommés « Rivages maudits ». Ceux-ci ont alors fondé Terrilville, et utilisé une étrange magie pour armer une flotte de navires « vivants », dont la figure de proue s’éveille, parle, conseille.

    Le récit va donc s’articuler autour d’une famille de Terrilville, les Vestrit, et leur vaisseau vivant, Vivacia. Croulant sous les dettes et les obligations, tous contraint par l’honneur, la fierté, la vanité et leurs ambitions, tous frappés par les tragédies de leur ère. Les mauvaises décisions s’enchainent, les orgueils tonnent, et ainsi la famille se retrouve fracturée, et toutes ses parties en danger.

    Au drame familial s’ajoute le drame national ; le vent de la révolte souffle sur Terrilville, alors que les tensions sociales entre habitants originels et nouveaux venus atteignent leur paroxysme. Le gouverneur de Jamailla, sensé les protéger des pirates, ne fait que les étouffer d’impôts et invite des esclavagistes à ruiner un peu plus la vie des gens et les économies locales. De plus, du fond des eaux, une ancienne menace oubliée guette…


    Style

    L’auteur nous fait suivre les principaux acteurs de l’histoire. Chaque chapitre dispose de plusieurs sous-chapitres, où à chaque fois un seul personnage est désigné « narrateur », permettant de voir les situations selon leurs points de vue. Ceci dit, la narration est aussi un peu omnisciente, donc il est difficile de la faire rentrer dans de petites cases.

    Cela fait que l’auteur permet à ses personnages de s’exprimer et d’exprimer la chose que j’ai le plus apprécié dans le livre : leurs schémas logiciels. Ô, qu’il est simple de juger à l’aune de l’héroïne désignée, de se dire qu’elle a raison et que son adversaire a tort ; mais une fois que l’on chausse les bottes de celui-ci, cela devient plus mesuré, plus gris. Les gens peuvent être valeureux, avoir des qualités rédemptrices, et certains être foncièrement meilleurs que d’autres, tous ont leurs raisons d’agir.

    Autre bon point, le scénario nous permet facilement de nous projeter, dans le sens de l’on peut deviner les arcs d’évolution des personnages, que leur but est généralement clair et que nos visions globales des situations nous permet d’évaluer par avance certaines embûches. Cependant, l’auteur nous garde toujours en haleine, il y a toujours un petit détail qui vient faire dérailler les prédictions et nous emmène dans une autre direction, plus loin qu’imaginé.

    Les descriptions sont peu présentes et recentrent toujours sur les personnages et leurs aventures plutôt que l’environnement ; le monde marin est présent mais pas exhubérant et bien loin d’essayer de nous faire vivre la vie d’un matelot.


    Univers

    L’univers n’est pas le plus détaillé que je connaisse pour de la fantasy. L’auteur n’essaie pas de nous assommer de noms de contrées fantastiques, de nous faire crouler sous les éléments magiques ou différents du monde que ses personnages arpentent. La ‘carte’ du monde en est même assez réduite ; il n’est question que de trois, quatre nations. La nature de la magie n’est que très peu explorée en dehors du sujet principal, les Vivenefs. La magie existe simplement, ayant son utilité sans révolutionner les modes de vie.

    Mais, faisant écho à la phrase de Saint-Exupéry sur la perfection, les éléments du récits sont tous là pour une raison et riment ensemble. Il n’y a pas de concepts sur lequel on s’attarde qui n’a pas un intérêt pour l’histoire, pour caractériser les personnages ou leurs conflits. On entend parler ainsi de comment un autre pays traite les femmes de façon plus égalitaire ; de comment un autre s’avilit dans l’esclavagisme, sans pour autant que les personnages n’y mettent les pieds.

    Bien entendu, cet univers est partagé avec les autres sagas de l’auteur ; je ne les ai pas lus, mais pense bien que les détails des nations et de l’histoire sont à mettre en corrélation avec l’Assassin Royal, voire d’autres.


    Conclusions

    Livre traitant des navires et de l’aventure en mer sans devenir un manuel nautique, concentré sur les intrigues dans lesquelles sont plongée la famille Vestrit. L’auteur nous permet un grand moment d’empathie avec ses personnages, qu’ils soient bons ou mauvais, et leurs quêtes initiatiques, leurs rédemptions et leurs damnations.

    Je ne sais pas si je ferais une revue du deuxième tome ; à priori, j’attendrais d’avoir terminé le troisième pour résumer mon avis sur toute la série. Je vous remercie pour votre lecture, et vous souhaite à bientôt ! D’autres projets arriveront très prochainement sur le site.

  • Journal d’un Assasynth – Effet de Réseau – Martha Wells

    Effet de Réseau, aux éditions l’Atalante

    Introduction

    Notre petit garçon devient adulte !

    Dans ma précédente revue, j’ai mentionné que le suivi de l’évolution mentale de notre personnage principal était bien réalisée, que le lecteur partageait avec le narrateur chaque étapte d’une sorte de passage à l’âge adulte d’une intelligence artificielle.

    Ce tome, plus long que les précédents – 400 pages~-, confronte l’AssaSynth à des crises de grande ampleur – par rapport à ses dernières opérations-, et à la gestion/jugulation de ses émotions. Cet épisode joue à fond des relations qu’il a construit précédemment, dans un payoff très satisfaisant.


    Synopsis

    Terminant rapidement une opération pour le compte du Docteur Menash, AssaSynth et l’équipage qu’il était censé escorter se font intercepter et enlever en espace profond par des pirates. Leurs kidnappers n’ont cependant pas l’air de maitriser leur propre vaisseau, qui les emmène désormais, notre héros et eux, dans un système solaire inconnu.


    Style

    Pour la première fois dans la série, d’autres points de vue sont intégrés au récit, le style change en fonction, et cela continue d’entretenir notre suivi des évolutions mentales et sociales du personnage principal.

    Seul point noir, les descriptions. Elles sont plus nombreuses, grâce au format plus imposant du livre, mais aussi plus confuses. Elles résonnent en ce sens avec le personnage principal, mais n’en sont pas plus agréable à lire.


    Univers

    Il s’enrichit comme d’habitude, et l’on gagne plus de détails sur les mystères qui n’étaient auparavant que des McGuffins. Je n’ose en dire plus pour éviter les spoilers, mais ceci rend les « fusils de Chekov » d’autant plus satisfaisants.

    On retrouve aussi certains des personnages des tomes précédents, qui continuent, en plus de bâtir leur relation avec AssaSynth, de bâtir l’univers dans lequel ils évoluent.


    Conclusion

    Une revue plutôt courte, que je fais longtemps après avoir terminé le livre. Mes critiques concernant le style ne sont pas si grave, et Effets de Réseau est mon tome préféré de cette série.

    L’autrice continue à démontrer sa maitrise de la tension et du style « robotique », tout en exacerbant cette dimension sociale qui rend le tout extrêmement savoureux.

    Le récit commence à avoir une bonne profondeur désormais, et l’on perçoit facilement où l’auteur peut nous emmener.

  • Les chiens de guerre – Frederick Forsyth

    Les chiens de guerre, aux éditions Gallimard.

    Introduction

    Je suis passé de la science-fiction au fantastique ; et grâce à ce livre, je coche une case de plus : celle de la docu-fiction.

    Pour ceux qui ne sont pas au courant, j’ai commencé, pour le NaNoWriMo de juillet, à rédiger un roman traitant d’un mercenaire employé par une Société Militaire Privée, dans un cadre de space opera rapproché (un peu plus futuriste que l’univers de The Expanse, mais dans le même style).

    À cet effet, j’ai cherché de quoi me documenter sur les mercenaires, et ce dans un contexte plutôt récent. J’ai trouvé des reportages de qualité disparates, des traités historiques arides, ou encore des essais de marché. Puis, au détour d’un podcast traitant de Bob Denard, j’ai été redirigé vers ce livre.


    Synopsis

    En 1970, sur le flanc d’une montagne du Zangaro, pays fictif d’Afrique de l’Ouest, un employé d’une corporation britannique révèle à son insu un gigantesque filon de platine, qui rapporterait une dizaine de milliards de dollars à qui saurait l’exploiter.

    Sans le savoir, cet employé – dont le rôle dans l’histoire s’achève immédiatement après – vient de lancer une machine infernale, une mécanique implacable ; devant un gisement si profitable, le PDG de la corporation est forcé – de par sa nature – à l’action. Le gouvernement du Zangaro, ignorant tout de la richesse de son sol et ouvertement orienté vers Moscou, empêcherait toute extraction par des moyens légaux, et donc ledit PDG se tourne vers une méthode en vogue en Afrique : le coup d’État.


    Style

    Docu-fiction prenant, car analysant chaque élément de la machine avec précision et sans tomber dans la sécheresse de l’essai historique. Le fait d’inclure ses personnages dans les actions et processus permet à ces derniers de ne pas être lourds, et de vivre les moments de tension.

    Le style d’écriture est simple, très descriptif : des hommes, des outils, des moyens. Les dialogues ne sont qu’expéditifs, là pour statuer sur les relations de pouvoir entre les individus.


    Univers

    Docu-fiction, l’auteur décrit précisément comment les criminels en tout genre montent ce genre d’opération et en profite.

    Du PDG et de sa clique qui montent des myriades de sociétés-écrans dans plusieurs pays, qui détournent les lois anglaises grâce aux méthodes bancaires suisses, tout en arrosant de fausses informations et de pots-de-vin les gêneurs ; jusqu’aux vendeurs d’armes, diplomates véreux et vigiles trompés ; en passant par les mercenaires en eux-mêmes, portant sur leurs épaules les dangers de l’expédition pour faire parler la poudre à l’autre bout du monde. Des fonctionnaires légaux ou illégaux jusqu’aux membres innocents des familles ; tous sont concernés, tous sont abordés. Les tenants et aboutissants du marché noir et du marché gris, le trafic d’armes comme le trafic d’influence, les luttes politiques secrètes et les rivalités mercenaires, la décolonisation et les purges culturelles, les génocides paranoïaques et la realpolitik internationale ; tout est adressé avec une clarté impeccable, digne d’un cours d’histoire par un professeur exalté.


    Conclusion

    L’ouvrage est pratiquement un guide technique ; ce n’est pas que mon avis d’ailleurs, car il est cité comme un véritable « Manuel des mercenaires » par Ken Connor, auteur de « Comment préparer un coup d’État militaire ».

    Dans ce livre, point de retournement de situation dramatique ; pas d’inconnus, pas même de prise de position morale. Tous les éléments, de l’antihéros jusqu’à ses adversaires, sont présentés et analysés tels qu’ils sont : des produits complexes de situations complexes. Pas d’innocence, seulement des degrés de crapulerie. Pas d’altruistes, uniquement des codes moraux différents et aussi monstrueux les uns que les autres, à leur manière.

    La narration est simple, mais suffisante, les personnages assez complexes pour générer eux-mêmes de l’empathie.

    En somme, je recommanderais ce livre à chaque personne qui souhaiterait commencer à comprendre le chaos de cette période de l’histoire, de la décolonisation et des intérêts composés des états, corporations, mercenaires et populations.

    Cependant, alors que toutes les revues que j’ai réalisées jusqu’à présent traitaient de la guerre d’une façon ou d’une autre, celui-ci est le premier à aborder le conflit sous l’angle de la logistique. Les trois quarts du livre ne sont que l’organisation même du coup d’État, tandis que l’exécution du plan se réalise en une vingtaine de pages. Une perle de réalisme et de technicité ; largement expliquée quand on sait que l’auteur, pour préparer son roman, s’est présenté à des groupes mercenaires réels comme souhaitant véritablement renverser le gouvernement de Guinée Équatoriale et a donc rencontré ce genre d’acteurs et de processus. Il estimait que l’opération lui aurait coûté 240 000 $ de 1973.

    L’Histoire m’étonnera toujours.

  • Le Bâtard de Kosigan, l’Ombre du Pouvoir – Fabien Cerruti

    L’Ombre du Pouvoir, en collection Folio SF, aux éditions Gallimard.

    Introduction

    Je quitte la douce, mais froide beauté des étoiles, certes teintées de vermeil, pour m’aventurer dans la Champagne du XIVe siècle. Une Champagne à la fois belle et boueuse, où se déroulent des intrigues bien plus sanglantes et cruelles que les sujets de mes deux précédentes revues.

    Recommandé par un ami que je remercie pour la qualité du conseil, Le Bâtard de Kosigan était l’œuvre dont j’avais besoin pour me réconcilier avec la Fantasy, alors que j’étais en train de subir une indigestion de ce genre à cause de Game of Thrones.

    J’aborderais mes griefs envers cette série un autre jour ; ce qu’il faut savoir pour mieux comprendre mon état de l’époque, c’est que j’étais excédé du nihilisme destructeur qui était porté aux nues vers la fin, de la déconstruction du genre, et de l’encensement du principe de « le plus salaud l’emportera toujours ». Les tabous culturels bafoués, les trahisons publiques et encensées, tout cela sentait un excès démesuré à outrance et fait particulièrement pour déconstruire les anciens canons du genre ; le Seigneur des Anneaux particulièrement. Je tiens à noter que je n’ai vu que la série, et n’ai pas encore entrepris d’en lire les livres.

    Mais, malgré tout cela, me voilà à adorer l’univers le plus violent, implacable, avec certains des salopards les plus monstrueux que j’ai eu le « plaisir » de côtoyer. Malgré cette vision profondément crue et brutale de la société, cette prise à revers de la noblesse et des bonnes mœurs, la recette prend bien malgré sa complexité ; car Fabien Cerutti dispose à mes yeux d’un excellent livre de cuisine : il est rôliste, et cela se sent.    


    Synopsis

    Dans la Champagne fantastique de 1339, Français et Bourguignons se disputent la suzeraineté de ce comté stratégique ; en effet, dernière terre libre pour les Elfes et autres petits peuples, elle est de facto un majeur carrefour commercial de l’Occident. À l’occasion d’un tournoi pour fêter l’hiver, la Comtesse de Champagne devra trouver un époux à sa fille, scellant ainsi une alliance avec l’un ou l’autre des camps prédateurs.

    Pierre Cordwain de Kosigan, bâtard, chevalier mercenaire sans attaches, mais cerné de nombreux rivaux nés de précédentes affaires, va utiliser cette sombre situation à son avantage, intéressé autant par l’appât du gain que par de plus opaques besoins. Il tentera de jouer le jeu des puissants, tout en s’assurant de ne pas se brûler en retirant les marrons du feu.


    Style

    Le récit se décompose en deux parties bien distinctes : de l’une, le journal du chevalier mercenaire, qui est « enregistré » dans la diégèse par un petit artefact magique ; de l’autre, les correspondances épistolaires d’un descendant dudit chevalier, Michaël Konnigan, universitaire du début du XIXe siècle, alors qu’il prend connaissance de ce journal et de son héritage.

    Le vocabulaire est recherché sans être grandiloquent, et il fait bien passer la personnalité sale et brute de décoffrage du personnage principal. Les chapitres épistolaires, eux, changent de vocabulaire et représentent plutôt le caractère académique et surexcité de ce deuxième personnage.

    L’auteur joue avec ces deux styles bien différents ; mais j’ai un avis un peu alambiqué sur ce principe. Dans un sens, c’est le principal défaut que je trouve à cette œuvre – et à cette série-, et de l’autre, c’est la véritable étincelle de génie. Je n’emploie pas ce mot à la légère.

    Mon principal problème est que les lettres du XIXe ne sont pas reliées à l’intrigue de notre Chevalier Pierre. Par conséquent, le rythme se casse tous les deux ou trois chapitres, alors que le journal du Bâtard laisse place aux lettres de Michaël, surtout lors de cliffhanger qui ne me donnaient envie que de zapper ces parties.

    Je l’avoue, je l’ai fait. Plusieurs fois, quand l’intrigue de Pierre était trop haletante, j’ai laissé celle de Michaël de côté. Et pourtant, je me suis rendu compte du génie en y repensant et en suivant la série plus avant. Ce décalage permet d’apporter un autre point de vue sur le récit et j’y reviendrais lorsque j’aborderais l’univers. En vérité, ces différences de ton contribuent à dévoiler une énigme intéressante.

    Je ne peux pas trop m’épancher sur ce sujet, car le coup de maitre de Fabien Cerruti est justement dans ce récit parallèle, qui se poursuit dans toute la série et qui véritablement sublime l’histoire. Je devrais l’aborder dans une section spoiler du quatrième tome – ce qui n’est pas prévu pour demain. Je recommande tout de même de vivre la révélation par soi-même.


    Univers

    L’auteur se sert des dialogues ou des observations de son personnage principal pour présenter un univers bien plus profond que ce qui occupe uniquement l’intrigue, à la façon d’un Seigneur des Anneaux ; ce qui en fait un parfait setting de jeux de rôle.

    La France de 1339 est historiquement représentée, les gens et les coutumes y sont proéminents, et coexiste avec des univers fantastiques d’inspirations très larges ; le folklore celte, le germanique ainsi que de petites touches de Tolkien. Même si ce ne sont souvent que mentions, cela nous donne une société vivante et vraisemblable, qui m’a beaucoup inspiré pour l’un de mes jeux de rôles en cours. Farfadets, dragons, elfes, nains, orcs, gnomes, anciennes malédictions et artefacts magiques importants et moins importants pavent les pages, sans en faire trop ni pas assez. Un véritable plaisir pour un maitre du jeu, qui saurait exploiter cette myriade de détails pour insuffler vie à ses parties.

    L’auteur ne tombe pas dans le piège de surexpliquer sa magie, et détaille seulement ce dont le lecteur a besoin pour en comprendre les tenants et aboutissants. Les phases d’expositions sont cohérentes avec la diégèse ; le personnage ne décrit pas le sort comme s’il devait s’adresser à quelqu’un qui ne connait pas son univers.

    Évitant aussi le double piège de l’antihéros irréprochable et du syndrome Gary-Sue, l’auteur nous présente un personnage sombre, violent, moralement indéfendable, mais doté d’un certain sens de l’honneur, d’une éthique de travail, et d’un respect envers autrui – souvent dissimulé pour ne pas révéler de faiblesses à son entourage -. Le bâtard, par exemple, ne méprise pas l’honneur des chevaliers comme le ferait un Zorg avec son « l’Honneur a fait des milliers de morts, mais n’a jamais sauvé personne« , il méprise ceux qui s’en targuent sans y adhérer ; et d’un autre côté, le livre ouvre sur son opération d’assassinat d’un messager.

    L’homme est intelligent, retord, tricheur et compétent à la science des armes – dont les combats sont très bien décrits -, mais n’est jamais surhomme implacable, se laisse surprendre, berner, laisse parfois des plumes en se sortant de situations dans lesquelles il se fourvoie par mégarde ou hubris.

    Ce que j’apprécie de cet univers, aussi, ce sont les entremêlements d’intrigues. Les adversaires du Bâtard ne sont pas obstacles fixes à surmonter ; ils ont leurs propres agendas, leurs propres desiderata et plans en cours de réalisation ; ils ont une vie au-delà du récit et de ce « petit » tournoi champenois et cela apporte une véritable vraisemblance.


    Conclusions

    Le Bâtard de Kosigan est un livre brutal, implacable et rude, mais il ne se perd pas dans cette violence. Il n’utilise pas ladite violence comme ponctuation, mais au contraire pour mettre en exergue les passions, l’importance de l’intrigue en cours pour ses acteurs ; la mort n’est jamais brandie à la légère, et la realpolitik occupe toujours une place de choix dans leurs décisions, des ennemis jurés se laissant partir, car ils ont plus à gagner dans le statu quo que dans l’assouvissement de leur haine.

    Et je trouve que cela donne un récit de dark fantasy à la fois plus mature et plus vraisemblable que d’autres ouvrages que j’ai pu lire ou visionner, tels Game of Thrones ou l’Épée de Vérité.

  • Journal d’un AssaSynth – Défaillances Systèmes / Schémas Artificiels / Cheval de Troie / Stratégie de Sortie – Martha Wells

    Illustration du premier tome, aux éditions Atalante.

    Introduction

    Nom évocateur qui avait retenu mon attention il y a quelques années, j’ai récemment eu l’occasion de l’acquérir et de feuilleter le premier tome. D’abord étonné par sa nature brève -100 pages environ-, j’ai apprécié l’expérience en notant quelques petits détails qui me grattaient, et si l’expérience était intéressante, je n’avais pas été saisi d’un amour fulgurant pour le « Défaillances Systèmes ».

    Puis j’ai ouvert le second tome, et je pense c’est là que le déclic s’est produit.

    Au vu de la nature brève de ces quatre premiers tomes, je vais en faire une revue groupée.


    Synopsis

    Le premier chapitre est une des situations initiales les plus claires que j’ai lu dans des romans de science-fiction. L’on y découvre notre personnage principal, un hybride androïde-cyborg ; une intelligence artificielle qui doit composer avec des composants organiques. Notre héros est plus exactement une SecUnit, une « arme » louée à des clients pour assurer leur sécurité. Ayant piraté le logiciel qui annihilait son libre-arbitre par un système de récompense/punition, celui-ci se découvre un désintérêt pour son travail et un amour des séries télévisées, alors qu’il doit escorter une équipe de scientifiques étudiant une nouvelle planète hostile.


    Style

    La narration à la première personne permet une plongée directe et permanente dans la psyché d’un robot tueur ; et au début je dois avouer y avoir été imperméable. Cela était plus dû à ma personnalité, un trait qui fait que les personnages désintéressés de leur propre récit me perdent rapidement. L’autrice arrive cependant à me rattraper grâce à un rythme plutôt soutenu -chacun des livres fait une centaine de page, tout se passe très vite.

    Alors que le récit suit les pensées d’un logiciel sapiens, le lecteur erre et déambule au gré du personnage et de ses situations, ce qui explique à la perfection les changements d’intonation et les césures dans le récit. Tantôt le personnage est méditatif, il prépare ses plans ou nous fait part de ses réflexions profondes ; tantôt il décrit ses actions, leurs conséquences et le monde qui l’entoure avec la vitesse qu’on peut attendre d’une machine.

    Ce qui en fait un style qui parait étrange au début ; les informations importantes pour le lecteur sont noyées dans des blocs de texte, et les situations d’actions sont plus compressées que je n’en ai l’habitude. Les résolutions des tomes ont en général lieu en trois ou quatre pages.


    Univers

    L’auteur a véritablement fait un tour de force quand à sa présentation de son univers. Les phases d’exposition sont très courtes ; pour tenir en haleine le lecteur, elles sont même tournées à nous faire poser plus de questions qu’elles ne daignent répondre.

    Martha Wells a concocté un univers simple mais vaste, avec des personnages et des institutions hautes en couleurs. Des corporations avides de richesses et de pouvoirs aux bots de services crées abrutis, des défenseurs de la vie altruistes aux machines à tuer, des effets du tout-connectés aux dangers des artefacts aliens, tout entre en résonance, tout est à sa place.

    A première vue et surtout dans le premier livre, les personnages autres que l’AssaSynth ne brillent pas par leurs personnalités, qui ne sont que très simple ; ils sont secondaires de nom et de fait. Mais plus on avance, plus ils s’épaississent, plus les points de vue des personnages changent ; le héros n’est pas seul dans sa transformation.

    L’auteur a évité aussi le danger de ce genre de livre qui est de tomber dans une trop grande technicité fonctionnelle ; pas besoin d’être expert en robotique ou en armement pour comprendre les outils ou les moyens mis en œuvre, ni de lire des pavés de description pour nous présenter chaque fusil ou munition.


    Conclusions

    Malgré mon appréciation de cet univers, j’ai cependant du mal à conclure. La principale raison de cela, c’est que je ne suis pas sûr de quel public est visé. Je ne saurais pas dire, contrairement à Indomptable, quel catégorie de lecteur aimera à coup sûr.

    Il ne me reste qu’à vous dire que si les prémices vous intriguent, alors n’hésitez pas, prenez une copie, lisez le premier tome et avisez ensuite.

    Le mot de la fin sera que, à mon avis, il mérite bien son prix Hugo.

  • La Flotte Perdue : Indomptable – Jack Campbell

    Illustration de la nouvelle édition du livre aux éditions Atalante.

    Introduction

    Comment ne pas commencer mon blog par le livre qui sût raviver la flamme de la lecture au cours de mes années d’études ! Je tiens la série de La Flotte Perdue, et ses afférents, La Flotte Perdue : Par delà la frontière, et Etoiles Perdues pour mes lectures favorites. Jack Campbell fut un officier de marine, et cela se ressent à chaque ligne de ses récits.

    Cette revue sera spoiler-free ; je n’aborderai pas le scénario au-delà du premier chapitre.


    Synopsis

    Indomptable nous conte donc une histoire de science-fiction militaire (navale, dans le sens où l’intrigue tourne autour d’une flotte de vaisseaux spatiaux) dans un lointain futur. À bord du croiseur de bataille Indomptable, qui donne son nom à ce premier livre, nous y suivons les aventures de John Geary, lieutenant de la marine spatiale de « l’Alliance. » Ce dernier sort d’un sommeil cryogénique suite à la destruction de son navire dans une embuscade de la part des « Mondes Syndiqués ». Dès la première page, il apprend trois choses : qu’il a dormi durant un siècle, que la guerre avec les Mondes Syndiqués dure depuis tout ce temps, et que les autorités de l’alliance ont fait de lui un personnage quasi-christique à fin de propagande.

    La flotte de l’alliance qu’il retrouve est mal en point ; coincée loin derrière les les lignes ennemies, ayant subi de lourdes pertes en affrontant la flotte des Mondes Syndiquées, et ses officiers supérieurs exécutés lors de négociations avec les forces ennemies. Fort de la popularité construite son sacrifice, il doit donc prendre le commandement de cette force de plusieurs centaines de navires et la ramener à bon port. Immédiatement, ses méthodes vieilles d’un siècle rentrent en conflit avec la nouvelle culture de la flotte qui promeut l’aggressivité à l’excès, et les décisions collectives.

    Affrontant une force ennemie d’une supériorité écrasante et une cabale d’officiers sécessionnistes qui rejettent son autorité, Geary devra faire naviguer à sa flotte un long trajet semé d’embûche.


    Style

    A la manière d’une pièce de théâtre, l’action se déroule dans un lieu unique – le vaisseau-pavillon de la flotte, l’Indomptable. L’on peut même zoomer un peu plus et se rendre compte que 95% des scènes ont lieu soit dans la cabine du personnage principal, soit dans le poste de commandement du croiseur ou dans sa salle de réunion stratégique. Les situations extérieures ne sont décrites que par la perception des personnages, leur interprétations des senseurs ou des rapports de subordonnés.

    L’auteur arrive donc à créer des scènes de conflits et de tensions efficaces sans que jamais la narration ne sorte de ce cadre, et c’est là que ressort bien l’expérience de l’auteur. Les dialogues des officiers autour des conférences, leurs jeux de pouvoir, les cliques et les intrigues de couloirs sonnent justes. Les dissensions politiques dans la flotte et les conflits interpersonnels qui apparaissent sont compréhensibles et adultes, l’on peut aisément comprendre les points de vue discordants des acteurs, et les antagonismes sont évidents.

    Le principe de base de l’univers est qu’il n’y a rien de plus rapide que la lumière (à une exception près qu’il n’est pas pertinent que j’aborde), et que l’espace est grand, même lorsque des vaisseaux le traversent à 20% de la vitesse de la lumière. Les forces en présence se détectent donc avec précision plusieurs semaines avant qu’ils n’arrivent à portée de tir et, au vu des vitesses considérables des opposants, chaque engagement n’est que passe de tirs instantanée qui font suite à la mise en place de tactiques navales étalées sur plusieurs dizaines d’heures.

    Ainsi, toutes les scènes « d’action » (comprenez, les batailles spatiales), traitent surtout de la planification des opérations et du déploiement de la flotte, suivi d’une confrontation rapide. Elles sont bien explicitées, et le lecteur peut suivre les tenants et aboutissants en même temps que les personnages. Pas besoin d’avoir de grandes connaissances en tactiques et stratégies militaire, tout est bien présenté par les différents acteurs.


    De la suspension consentie d’incrédulité

    Les prémices peuvent sembler enfantin, mettant en scène un super officier-tacticien qui, pourtant vieux d’un siècle, donne des leçons à des vétérans qui ont perdu leur bon sens au profit d’une agressivité démesurée et inhumaine suite à une attrition démesurée. Cependant, j’aimerais aborder ce sujet de deux façon : du point de vue métadiégétique et du point de vue diégétique.

    De façon métadiégétique, nous faire suivre un personnage qui a besoin de reprendre ses marques, demander quels ont été les changements depuis son époque, etc… permet de présenter l’univers et ses règles sans avoir à trop charger une exposition artificielle. Les personnages peuvent énoncer les faits, les nouvelles technologies, les nouvelles dynamiques, sans que les dialogues soient trop automatiques ou innaturels.

    Du côté de la diégèse, la dégénérescence de la discipline militaire -qui permet la prééminence du héros- m’apparait possible, dans le contexte des limitations de l’univers. L’absence de communications Plus Rapide que la Lumière impose donc un commandement des flottes que je qualifierais « de proximité ». Sans possibilité de requérir des renforts et dans un contexte de combats très meurtriers, la compétence est donc facilement perdue et difficilement perpétuable. Dans ce contexte, pour forcer les soldats et marins à continuer un combat malgré des compétences en baisse, il est pertinent que les politiciens et les huiles aient travaillé à instiller un sentiment de bravado et d’agression à outrance, créant un cercle vicieux qui engendrera encore plus de pertes.

    J’y crois parceque historiquement, ce fut la différence de doctrine entre les aviateurs américains et les allemands de la seconde guerre mondiale : les premiers renvoyaient leurs As servir d’instructeurs au pays, tandis que les seconds devaient retourner au front et y mourir face à l’inexorable puissance industrielles anglo-américano-soviétique.


    Conclusion

    J’ai trouvé en Indomptable et ses suites des aventures navale plus vraisemblable et plus adulte que la seule alternative en français, la sage Honor Harrington. Hard sci-fi par son respect de la relativité, space-opera par ses thèmes et ses personnages, il est le représentant d’un genre que j’aimerais voir plus souvent traduit. J’en suis plutôt envieux de nos cousins anglo-saxons qui, en bons héritiers de Nelson, cultivent un amour de la littérature navale.

  • Le début d’un manifeste

    J’ai beaucoup écrit dans ma jeunesse, mais les pages blanches qui sont nées de mes études supérieures m’ont éloigné de ces récits ou de cet art. J’y gardais cependant mes affinités, mes facilités à écrire de longs textes et excellai donc aux exercices de rédaction que mon école imposait.

    J’ai découvert le jeu de rôles à ma première année suivant le bac et, cela m’a permis une nouvelle mise en perspective et en abyme de ce que j’attendais des histoires, et donc de ce que j’écrivais. Devenant à la fois moins rigoureux -je n’accordais plus autant de temps à la plume qu’avant- mais plus exigeant de moi-même et des situations que je mettais en scène, j’ai passé cinq années sans vraiment prendre la plume autrement que pour donner la réplique à des camarades rôlistes.

    Je n’ai jamais rien fait de mes écrits, ni participé aux NanoWrimo -chose que je regrette désormais-, pas publié ni mes histoires ni mes scénarios – ils n’étaient pas assez travaillés à mon goût. Cependant, l’an dernier, alors que nous parlions en famille de mon grand-père et de sa biographie, j’ai essayé de me remettre à l’exercice et d’écrire celle-ci. Après des débuts difficiles, j’ai eu aussi envie de coucher sur papier ma dernière campagne de jeu de rôles, sous forme de roman.

    Et maintenant que cette entreprise prend forme, j’ai aussi décidé d’ouvrir ce site ; j’y consignerais mes avis, mes revues de romans et tests de JdR, mes essais et réflexions en tout genre.

    Merci à mes parents, mes amis, et tous ceux qui me soutiendront dans cette aventure. Puissions-nous nous rejoindre Ad Astra !