
Comment résumer une culture en deux livres
Shogun, lecture qu’un de mes amis du Cercle m’a adressé, auquel je dédie cet article. Je ne parlerais que de la version littéraire, car je n’ai pas encore suivi la version télévisuelle.
Je suis depuis mon enfance intrigué par la culture japonaise de l’ère Edo, ces samuraïs, ces duels d’honneurs et de traditions, ces conflits de subordinations, ces intrigues… Une ambiance s’en dégage qui m’attire sincèrement. J’ai dépassé la phase romantique d’appréciation de cette période : je sais que la véritable culture tenait la subordination plus comme des rapports de force que d’honorables accords, que l’honneur n’avait aucun rapport avec la piété ou avec la décence mais plutôt avec les excuses et la défense légale ; malgré tout, j’aime l’ambiance qui s’en dégage, qui me fait voyager.
En un sens, écrire sur ce livre, c’est un peu écrire sur moi, sur celui que je fus, sur celui que je suis devenu.
Synopsis
En pleine ère du Sengoku Jidai – qui n’est bien sûr pas nommé -, un navire corsaire hollandais s’échoue sur les côtes japonaises, avec à son bord une large cargaison d’armes et de richesses pillées dans les colonies espagnoles. John Blackthorne, le navigateur, se retrouve par un concours de circonstances comme représentant de l’équipage européen face aux Japonais, qui n’ont d’habitude de contacts avec ce continent qu’au travers des prêtres jésuites espagnols. C’est un de ceux-ci qui sera pétitionné pour faire l’interprêtre entre les seigneurs samuraï et Blackthorne. L’inimitié entre les trois nations européennes et les différences culturelles entre européens et japonais rendront chaque discussion relève problématiques, piégeuses et manipulatoires.
Style
Narrateur omniscient nous faisant partager non seulement les dialogues mais aussi les pensées de ses personnages, le schéma est classique et ressemble beaucoup à d’autres livres de la même période.
Cependant, un fait est à même de désarçonner : il est parfois des scènes où sont présent à la fois des européens et des japonais, chacun des groupes dialoguant dans son dialecte, et ce, en même temps. Il est étrange de suivre un dialogue où il faut sauter des lignes pour suivre. Mais, plus le livre avance et moins cette problématique se pose.
Histoire
John Blackthorne, pilote anglais et donc anglican, se pose comme un danger pour les jésuites qui, auparavant, étaient les seuls sources de connaissance européennes pour les seigneurs japonais. Il tombe dans un jeu de pouvoir et d’influience entre les différents seigneurs locaux. La carcasse de son navire, pleine de canons et de fusils de bonne qualité, est hautement convoitée.
Il se voit assigner une traductrice de haute lignée, elle aussi manipulatrice et manipulée, et il va devoir apprendre à vivre et à jouer selon les règles des japonais.
Réflexions
Très rapidement dans la lecture, le nombre de personnages s’élargit, mais restent simples et bien différents. Toranaga, Makaki, Fukiko, Bumi, Ishiyo… Même si leurs consonnances sont inhabituelles au lecteur moyen, le fait qu’elles soient si éloignées les unes des autres aident.
Le rythme assez soutenu permet de comprendre ces personnages mais ne s’arrête sur aucun autre que Toranaga ou Blackthorne, les deux seuls vrais personnages principaux. Heureusement dans un sens, car les complots et les discussions sont parfois d’une complexité étonnante. Les non-dits, les menaces cachées, les dérsirs et les appels à un honneur mâtiné de terreur, tout est parfait pour représenter les paniers de crabe que furent les politiques japonaises de l’époque.
La complexité et la duplicité restent de mise tout au long de l’oeuvre. Le personnage principal, jouet dans le jeu politique de son « sauveur », se fait transporter au gré des complots et des besoins – tantôt protégé, tantôt exposé pour confondre ses adversaires.
La bonne chose pour le récit est que Blackthorne s’intègre rapidement ; l’histoire ne traine pas en longueur de par une résistance qui voudrait prouver la force d’âme du monsieur. Hélas, il ne devient pas acteur pour autant – cela est réservé à la seule personne qui dispose de toutes les cartes, Toranaga.
Conclusions
Ma conclusion arrive abruptement, tout comme celle de ce roman. Certes, toutes les situations s’étaient résolues, les différents fils s’étaient relié (ou avaient été tranché violemment). L’équivalent que je trouverais à ce petit traumatisme serait de se dire que, pour terminer Le Seigneur des Anneaux, l’auteur avait inséré après la bataille de Minas Tirith un petit texte de deux pages mentionnant l’aventure de Sam et Frodon, la chute de Barad-Dur, et le règne d’Aragorn. Le tout en moins de temps pour le lire que pour boire une tasse de thé.
Une bonne lecture, mais qui manque de piment. J’apprécie cependant la grande machine qui se dévoile tout au long – malgré son abrupte fin.




