
De la justice karmique et de l’impératif de briser les cycles
On m’avait recommandé le livre – ou plutôt l’auteur – comme inspiration pour ma campagne de Symbaroum. Je ne le connaissais pas du tout, et espérais trouver de bonnes idées pour habiller mon monde.
Dès l’introduction, le ton est donné ; j’ai même pris peur de souffrir un moralisme matérialiste poussé ad-nauséam, comme si souvent dans la fantasy moderne – je prendrais pour exemple l’Alliance des Martyrs, dont j’ai fait une revue récemment. Mais je me suis accroché – après tout, j’en avais « besoin » pour préparer mes séances.
Synopsis
Nous suivons donc Monza Murcatto, cheffe mercenaire de la très lâche mais très efficace compagnie mercenaire des Mille Epées. Comme dans tout récit de vengeance qui se respecte, elle se fait trahir immédiatement : les exploits que sa lame avait remporté sont devenus trop dangereux pour son employeur, qui, par crainte d’être détrôné, supprime la nouvelle héroïne populaire.
Celle-ci et son frère se font donc saigner comme des porcelets par les lieutenants de son ex-employeur, et si son frère succombe à ses blessure, Monza survit – tant bien que mal, durablement handicapée par ses blessures et sauvée in-extremis par un étrange médecin.
La vengeance contre ses malfaiteurs commence, et avec elle l’escalade de la violence.
Style
Je n’ai rien à redire sur le style à proprement parler – efficace, rien de transcendant mais agréable à lire et clair.
Univers / Réflexions / Appréciations
Cette section est libre de quasiment tout divulgâchage ; je reste sur des principes très larges et généraux pour permettre de bien comprendre ma réflexon.
Donc, Monza Murcatto va se lancer dans une série d’assassinats, tous bien différents les uns des autres ; et elle va commencer par rassembler une équipe, Ocean-11 style. Gros bras, empoisonneurs, bricoleurs… L’un s’apitoye sur lui même, l’autre déteste le monde à travers une façade de politesse, l’une est otage de la situation tandis qu’une autre rêve de liberté… A bien prendre ces personnages ensemble, je ne leur aurai pas fait confiance pour tenir une baraque à frites. Mais, ils arrivent à coopérer, grâce à la peur de leur maitresse, de cette haine dont elle déborde et dont elle se sert d’instrument.
Malgré le côté très vénal et « matérialistiquement moraliste » des différents membres du groupe (voire de tous les personnages de cette histoire), leurs psychés sont bien mises à profits : leurs peurs, leurs faims, leurs incertitudes, leurs dégoûts, sont tous explorés, respectés, et ont créés des personnalités pour lesquels j’ai beaucoup d’empathie, même dans leurs cruautés ou dans leurs délires.
La recette a bien pris pour moi, et je me suis laissé facilement entrainer dans ce que je catégoriserais de tragi-comédie karmique. La paranoïa de certains personnages va pousser à la trahisons d’autres, le mépris de certains lancera une machine inferale dans des esprits déjà empoisonnés par la peur, et quelques-uns se feront consommer par leurs démons intérieurs.
La tragi-comédie sied parfaitement à l’ensemble de l’oeuvre, tant par le côté sanglant des boucheries que leur caractère évitable et dispensable, si les schémas logiciels des acteurs étaient différents. Il y a un humoir noir glaçant à la façon de La mort de Staline, car les condamnations karmiques sont parfois risibles car prévisibles, et… poétiquement, délectablement tristes.
Cependant, je disais dans l’introduction que je craignais un matérialisme poussé à l’outrance, comme d’autres oeuvres du genre. La chose qui diffère principalement, c’est la morale sous-jacente. Les bonnes volontées ici sont ruinées par les orgueils et l’incompréhension ; le masque que l’on porte nous condamne autant qu’il nous protège ; petits comme grands ont leurs douleurs, et chacun peut y répondre par le bien ou par le mal. Ici, pas de bassesse qui serait magnifiée ou de comportement « de salopard » qui serait laissé impuni. Bonnes ou mauvaises, les décisions sont condamnées par les contextes, par les situations, par les inimitiées.
L’oeuvre réussit donc ce numéro d’équilibriste que de représenter un univers foncièrement noir, sans tomber dans le ridicule. Celui-ci semble riche, avec une petite guerre de factions sur une grande île comme contexte initial, pour ensuite mettre en lumière un plus large conflit, une lutte à mort entre deux idéologies pourtant bien lointaines et qui se livrent à une guerre par proxy dans le pays de notre héroïne – une histoire aussi vieille que le temps.
Conclusions
J’ai adoré ma lecture, l’univers, et les personnages. Je n’ai rien d’autre à conseiller que de lire ce livre, si vous aimez les histoires de vengeance, avec un soupçon de poésie.
