L’alliance de fer – Tome 1 : Le Pariah – Anthony Ryan

De Charybde en Scylla en Charybde en Scylla en Charybde en Scylla.

Un roman que j’ai élu de lire dans le contexte de mon club de lecture – quelle erreur je fis. Tenant du domaine que j’appellerais « Salopard-Fantasy », que je pourrais relier à d’autres livres comme « Gagner la guerre », ou « Le Bâtard de Kosigan ».

Comme le veut le genre, le sujet tiens de l’antihéros, selon le modèle très corporatiste du « Salaud mais pas trop », à grand renfort d’un cynisme qui ne prend pas lorsque toute l’oeuvre est destinée à être subversive.

Style

Le narrateur est le sujet de l’oeuvre, cet antihéros qui a pleinement conscience de son statut de « salopard », et qui s’adresse au lecteur comme s’il s’agissait de son journal – l’existence du livre a d’ailleurs une raison dans l’univers métaphysique de l’oeuvre.

Hélas, par ce biais, le narrateur se permet des petites tournures de phrases, des phrases d’accroche qui ont des effets à dimension variables. Certaines, utilisées selon le célèbre principe du « cliff-hanger », m’ont donné envie de lire le chapitre suivant ; d’autres, presques identiques, m’ont enlevée tout envie en divulgâchant la suite ou la fin du chapitre.

Univers

De l’univers, la première partie du récit me laisse circonspect. « Mudcore », est le terme qui me vient à l’esprit lorsque j’y réfléchis : tout le monde est un salopard, du premier des civils au chef de la bande des brigands que l’on suit ; nulle bontée, nulle droiture à l’horizon. Les seules fidélités des personnages étaient celles de l’argent, les seules ambitions existantes étaient le pouvoir.

Je ne remet pas en cause entièrement et de but en blanc cette vision du monde ; mais pour éviter de longs débats, je trouve que les laideurs ne sont pas bien cachées, même dans la diégèse de l’univers, dans une société pourtant portée sur la religion et le concept de « Martyrs ».

Devant tant de méchanceté, de mépris affiché, une citation me revient souvient en tête : « Aucun homme n’est prêt à mourir pour cinq francs par jours ; il faut savoir embraser son esprit, électriser son âme ». Et pourtant, là, tous sont prêt à passer au massacre, sans explication, sans espoir, sans rapport à une culture martiale, sans apparat d’Etat ou sociétal qui supprimerait les involontaires.

Histoire

La première partie suit notre jeune « héros » et sa bande de petits brigands qui tentent de vivre et d’échapper à l’armée royale. Après quelques aventures rocambolesques mentionnant un destin hors du commun pour notre héros, ce dernier fini la partie en chaîne.

La deuxième partie embraye sur son incarcération dans un centre pénitentiaire/camp de travail qui nous permet d’élargir nos connaissances de l’univers, de ses règles et de ses traits spécifiques. Par exemple, contrairement à de nombreux univers, les envoyés divins sont affublés de dons pratiques et non pas magiques ; comme ceux de percer les mensonges, attirer les foules, brouiller leurs volontés…

L’univers a aussi décorellé le divin de son église. L’Alliance des Martyrs, qui révère ces êtres divins, quasi-christique, a bien peu d’entrain à soutenir les Martyrs en devenir, ceux qui sont véritablement habités des étincelles divines.

L’intrigue change de nouveau de rails pour la troisième partie, une fois l’évasion de cette prison réussie. Prisonnier maintenant d’une compagnie mercenaire qui s’emploie à faire le travail sacré, il monte en puissance et s’impose auprès d’une proto-Jeanne d’Arc. Quelques noeuds posés précédemment se dénouent, les révélations et les retournements s’enchaînent à un rythme soutenu ; et malgré ça, c’est ici que le récit s’essoufle. Les décisions de notre narrateur à la fiabilité chancelante deviennent plus abruptes, son comportement moins évident. Les amourettes qu’il poursuit sont pour moi des énigmes, et les retournements de veste contre-nature qui s’ensuivent restent difficiles à percer.

Conclusion

L’univers semble petit et maitrisé, mais offre peu d’opportunités de s’évader. Comme le narrateur, nous sommes prisonniers de sa condition : tout ce qui n’a pas de rapport au récit est passé sous silence, et ne permet pas de rêver au monde plus grand.

L’histoire, malheureusement, n’arrive pas à compenser ce manque. Elle est fonctionnelle, intéressante mais sans plus, peu intrigante, et manque d’une étincelle, d’une épaisseur.

J’ai essayé de lire le tome 2, mais je n’ai pas réussi à m’y attacher et ai jeté l’éponge au troisième chapitre de celui-ci. Ce qui a condamné l’histoire, à mes yeux, peut être facilement résumé : L’univers un peu terne, les personnages confinés à leurs stéréotypes, et le narrateur qui gâche le récit.

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