
Introduction
Je suis passé de la science-fiction au fantastique ; et grâce à ce livre, je coche une case de plus : celle de la docu-fiction.
Pour ceux qui ne sont pas au courant, j’ai commencé, pour le NaNoWriMo de juillet, à rédiger un roman traitant d’un mercenaire employé par une Société Militaire Privée, dans un cadre de space opera rapproché (un peu plus futuriste que l’univers de The Expanse, mais dans le même style).
À cet effet, j’ai cherché de quoi me documenter sur les mercenaires, et ce dans un contexte plutôt récent. J’ai trouvé des reportages de qualité disparates, des traités historiques arides, ou encore des essais de marché. Puis, au détour d’un podcast traitant de Bob Denard, j’ai été redirigé vers ce livre.
Synopsis
En 1970, sur le flanc d’une montagne du Zangaro, pays fictif d’Afrique de l’Ouest, un employé d’une corporation britannique révèle à son insu un gigantesque filon de platine, qui rapporterait une dizaine de milliards de dollars à qui saurait l’exploiter.
Sans le savoir, cet employé – dont le rôle dans l’histoire s’achève immédiatement après – vient de lancer une machine infernale, une mécanique implacable ; devant un gisement si profitable, le PDG de la corporation est forcé – de par sa nature – à l’action. Le gouvernement du Zangaro, ignorant tout de la richesse de son sol et ouvertement orienté vers Moscou, empêcherait toute extraction par des moyens légaux, et donc ledit PDG se tourne vers une méthode en vogue en Afrique : le coup d’État.
Style
Docu-fiction prenant, car analysant chaque élément de la machine avec précision et sans tomber dans la sécheresse de l’essai historique. Le fait d’inclure ses personnages dans les actions et processus permet à ces derniers de ne pas être lourds, et de vivre les moments de tension.
Le style d’écriture est simple, très descriptif : des hommes, des outils, des moyens. Les dialogues ne sont qu’expéditifs, là pour statuer sur les relations de pouvoir entre les individus.
Univers
Docu-fiction, l’auteur décrit précisément comment les criminels en tout genre montent ce genre d’opération et en profite.
Du PDG et de sa clique qui montent des myriades de sociétés-écrans dans plusieurs pays, qui détournent les lois anglaises grâce aux méthodes bancaires suisses, tout en arrosant de fausses informations et de pots-de-vin les gêneurs ; jusqu’aux vendeurs d’armes, diplomates véreux et vigiles trompés ; en passant par les mercenaires en eux-mêmes, portant sur leurs épaules les dangers de l’expédition pour faire parler la poudre à l’autre bout du monde. Des fonctionnaires légaux ou illégaux jusqu’aux membres innocents des familles ; tous sont concernés, tous sont abordés. Les tenants et aboutissants du marché noir et du marché gris, le trafic d’armes comme le trafic d’influence, les luttes politiques secrètes et les rivalités mercenaires, la décolonisation et les purges culturelles, les génocides paranoïaques et la realpolitik internationale ; tout est adressé avec une clarté impeccable, digne d’un cours d’histoire par un professeur exalté.
Conclusion
L’ouvrage est pratiquement un guide technique ; ce n’est pas que mon avis d’ailleurs, car il est cité comme un véritable « Manuel des mercenaires » par Ken Connor, auteur de « Comment préparer un coup d’État militaire ».
Dans ce livre, point de retournement de situation dramatique ; pas d’inconnus, pas même de prise de position morale. Tous les éléments, de l’antihéros jusqu’à ses adversaires, sont présentés et analysés tels qu’ils sont : des produits complexes de situations complexes. Pas d’innocence, seulement des degrés de crapulerie. Pas d’altruistes, uniquement des codes moraux différents et aussi monstrueux les uns que les autres, à leur manière.
La narration est simple, mais suffisante, les personnages assez complexes pour générer eux-mêmes de l’empathie.
En somme, je recommanderais ce livre à chaque personne qui souhaiterait commencer à comprendre le chaos de cette période de l’histoire, de la décolonisation et des intérêts composés des états, corporations, mercenaires et populations.
Cependant, alors que toutes les revues que j’ai réalisées jusqu’à présent traitaient de la guerre d’une façon ou d’une autre, celui-ci est le premier à aborder le conflit sous l’angle de la logistique. Les trois quarts du livre ne sont que l’organisation même du coup d’État, tandis que l’exécution du plan se réalise en une vingtaine de pages. Une perle de réalisme et de technicité ; largement expliquée quand on sait que l’auteur, pour préparer son roman, s’est présenté à des groupes mercenaires réels comme souhaitant véritablement renverser le gouvernement de Guinée Équatoriale et a donc rencontré ce genre d’acteurs et de processus. Il estimait que l’opération lui aurait coûté 240 000 $ de 1973.
L’Histoire m’étonnera toujours.
