La Flotte Perdue : Indomptable – Jack Campbell

Illustration de la nouvelle édition du livre aux éditions Atalante.

Introduction

Comment ne pas commencer mon blog par le livre qui sût raviver la flamme de la lecture au cours de mes années d’études ! Je tiens la série de La Flotte Perdue, et ses afférents, La Flotte Perdue : Par delà la frontière, et Etoiles Perdues pour mes lectures favorites. Jack Campbell fut un officier de marine, et cela se ressent à chaque ligne de ses récits.

Cette revue sera spoiler-free ; je n’aborderai pas le scénario au-delà du premier chapitre.


Synopsis

Indomptable nous conte donc une histoire de science-fiction militaire (navale, dans le sens où l’intrigue tourne autour d’une flotte de vaisseaux spatiaux) dans un lointain futur. À bord du croiseur de bataille Indomptable, qui donne son nom à ce premier livre, nous y suivons les aventures de John Geary, lieutenant de la marine spatiale de « l’Alliance. » Ce dernier sort d’un sommeil cryogénique suite à la destruction de son navire dans une embuscade de la part des « Mondes Syndiqués ». Dès la première page, il apprend trois choses : qu’il a dormi durant un siècle, que la guerre avec les Mondes Syndiqués dure depuis tout ce temps, et que les autorités de l’alliance ont fait de lui un personnage quasi-christique à fin de propagande.

La flotte de l’alliance qu’il retrouve est mal en point ; coincée loin derrière les les lignes ennemies, ayant subi de lourdes pertes en affrontant la flotte des Mondes Syndiquées, et ses officiers supérieurs exécutés lors de négociations avec les forces ennemies. Fort de la popularité construite son sacrifice, il doit donc prendre le commandement de cette force de plusieurs centaines de navires et la ramener à bon port. Immédiatement, ses méthodes vieilles d’un siècle rentrent en conflit avec la nouvelle culture de la flotte qui promeut l’aggressivité à l’excès, et les décisions collectives.

Affrontant une force ennemie d’une supériorité écrasante et une cabale d’officiers sécessionnistes qui rejettent son autorité, Geary devra faire naviguer à sa flotte un long trajet semé d’embûche.


Style

A la manière d’une pièce de théâtre, l’action se déroule dans un lieu unique – le vaisseau-pavillon de la flotte, l’Indomptable. L’on peut même zoomer un peu plus et se rendre compte que 95% des scènes ont lieu soit dans la cabine du personnage principal, soit dans le poste de commandement du croiseur ou dans sa salle de réunion stratégique. Les situations extérieures ne sont décrites que par la perception des personnages, leur interprétations des senseurs ou des rapports de subordonnés.

L’auteur arrive donc à créer des scènes de conflits et de tensions efficaces sans que jamais la narration ne sorte de ce cadre, et c’est là que ressort bien l’expérience de l’auteur. Les dialogues des officiers autour des conférences, leurs jeux de pouvoir, les cliques et les intrigues de couloirs sonnent justes. Les dissensions politiques dans la flotte et les conflits interpersonnels qui apparaissent sont compréhensibles et adultes, l’on peut aisément comprendre les points de vue discordants des acteurs, et les antagonismes sont évidents.

Le principe de base de l’univers est qu’il n’y a rien de plus rapide que la lumière (à une exception près qu’il n’est pas pertinent que j’aborde), et que l’espace est grand, même lorsque des vaisseaux le traversent à 20% de la vitesse de la lumière. Les forces en présence se détectent donc avec précision plusieurs semaines avant qu’ils n’arrivent à portée de tir et, au vu des vitesses considérables des opposants, chaque engagement n’est que passe de tirs instantanée qui font suite à la mise en place de tactiques navales étalées sur plusieurs dizaines d’heures.

Ainsi, toutes les scènes « d’action » (comprenez, les batailles spatiales), traitent surtout de la planification des opérations et du déploiement de la flotte, suivi d’une confrontation rapide. Elles sont bien explicitées, et le lecteur peut suivre les tenants et aboutissants en même temps que les personnages. Pas besoin d’avoir de grandes connaissances en tactiques et stratégies militaire, tout est bien présenté par les différents acteurs.


De la suspension consentie d’incrédulité

Les prémices peuvent sembler enfantin, mettant en scène un super officier-tacticien qui, pourtant vieux d’un siècle, donne des leçons à des vétérans qui ont perdu leur bon sens au profit d’une agressivité démesurée et inhumaine suite à une attrition démesurée. Cependant, j’aimerais aborder ce sujet de deux façon : du point de vue métadiégétique et du point de vue diégétique.

De façon métadiégétique, nous faire suivre un personnage qui a besoin de reprendre ses marques, demander quels ont été les changements depuis son époque, etc… permet de présenter l’univers et ses règles sans avoir à trop charger une exposition artificielle. Les personnages peuvent énoncer les faits, les nouvelles technologies, les nouvelles dynamiques, sans que les dialogues soient trop automatiques ou innaturels.

Du côté de la diégèse, la dégénérescence de la discipline militaire -qui permet la prééminence du héros- m’apparait possible, dans le contexte des limitations de l’univers. L’absence de communications Plus Rapide que la Lumière impose donc un commandement des flottes que je qualifierais « de proximité ». Sans possibilité de requérir des renforts et dans un contexte de combats très meurtriers, la compétence est donc facilement perdue et difficilement perpétuable. Dans ce contexte, pour forcer les soldats et marins à continuer un combat malgré des compétences en baisse, il est pertinent que les politiciens et les huiles aient travaillé à instiller un sentiment de bravado et d’agression à outrance, créant un cercle vicieux qui engendrera encore plus de pertes.

J’y crois parceque historiquement, ce fut la différence de doctrine entre les aviateurs américains et les allemands de la seconde guerre mondiale : les premiers renvoyaient leurs As servir d’instructeurs au pays, tandis que les seconds devaient retourner au front et y mourir face à l’inexorable puissance industrielles anglo-américano-soviétique.


Conclusion

J’ai trouvé en Indomptable et ses suites des aventures navale plus vraisemblable et plus adulte que la seule alternative en français, la sage Honor Harrington. Hard sci-fi par son respect de la relativité, space-opera par ses thèmes et ses personnages, il est le représentant d’un genre que j’aimerais voir plus souvent traduit. J’en suis plutôt envieux de nos cousins anglo-saxons qui, en bons héritiers de Nelson, cultivent un amour de la littérature navale.

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